Claude Nadeau, musique classique - clavecin, orgue... musique baroque

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mercredi 27 décembre 2006

Hommage aux passeurs de musique: Diogène et Jean-Baptiste LeBlanc, chantres

La généalogie est un sport national au Québec. Je profite de la période de Noël, temps où chantres et organistes travaillent beaucoup, pour rendre hommage à mon grand-père et mon arrière-grand-père Diogène et Jean-Baptiste Le Blanc.

J'écris parfois dans les notes biographiques des programmes de mes concerts, que je suis "la 5e génération de musiciens d'église dans ma famille". C'est faux! Je viens de découvrir que je suis au moins la 7e génération!

Mais revenons à mon grand-père Diogène, que je n'ai malheureusement pas connu. Père de 15 enfants, il exerçait le noble métier de "laboureur", comme on disait autrefois, à Saint-François de Pabos en Gaspésie au Québec. Je dis bien "noble métier", pour trancher avec les clichés de bouseux et de péquenots que cela peut encore évoquer pour certains de nos jours, car être laboureur, au Québec à cette époque, c'était être un homme libre. Tous les matins, beau temps, mauvais temps, pluie ou neige, même à 30 en dessous de zéro, mon grand-père attelait la jument de trait et allait chanter la messe en grégorien à la paroisse Sainte-Adélaïde de Pabos, au bord de la Baie des Chaleurs. Sa terre était "dans le rang" (l'organisation des terres labourées étant encore imprégnée de régime seigneurial), et le chemin qu'il empruntait avec sa jument pour aller à l'église porte aujourd'hui son nom.

Tous les soirs après souper, ma mère me raconte qu'il se mettait à l'harmonium avec son Paroissien Romain, et qu'il répétait sa messe du lendemain. On dit qu'il avait une très belle voix. C'est en tout cas l'image qu'en garde ma mère, chez qui toutes ces mélodies ont laissé une empreinte profonde. Si bien que lorsque j'étais petite, pour m'endormir ou pour me distraire, que me chantait ma mère? Ce qu'elle avait entendu chanter par ses propres parents : du chant grégorien!

Rares sont les gens de ma génération qui ont eu la chance de recevoir, j'oserais dire par filiation, le "virus" du chant grégorien! Certes en grandissant j'ai considérablement approfondi ma connaissance de cette musique aussi vaste que la mer qui frappe la falaise au pied de l'église Sainte-Adélaïde de Pabos, et travaillé les différents styles comme les différentes esthétiques de cette musique, et je ne chante certainement pas le chant grégorien comme pouvait le faire mon grand-père. Mais chaque fois que j'entonne la Messe des Anges, j'ai une pensée pour le laboureur père de ses quinze enfants qui l'a transmise à ceux qui me l'ont transmise, moi qui la transmets à mon tour... (voir le billet "Stage de musique médiévale" dans la rubrique "Actualités")

Il faudra que je demande à ma mère comment se fait-il que mon grand-père se soit retrouvé chantre à la paroisse. Sans doute de la même façon que moi : à 12 ans on m'a assise sur un banc d'orgue, avec à peine quelques cours de piano dans les pattes, et il ne faisait de doute dans l'esprit de personne que j'allais jouer! Je n'ai jamais arrêté depuis: du haut de mes 31 ans, cela fera bientôt 20 ans que j'exerce comme musicienne du culte. D'abord pendant mes cinq ans de collège chez les religieuses (tous les matins! une sacrée école!), puis à la paroisse Saint-Charles Garnier à Montréal, puis à la Chapelle Notre-Dame du Bon-Secours, superbe sanctuaire sur le vieux-port de Montréal. En France j'ai exercé à Notre-Dame d'Alfortville et à la Chapelle de l'Agneau Vainqueur à Paris, en plus de nombreux offices chez nos amis protestants et même dans les synagogues! Diogène Le Blanc n'a fait, j'imagine, que reprendre le flambeau de Jean-Baptiste Le Blanc son père (ci-contre en photo avec son épouse mon arrière-grand-mère Marguerite Grenier), qui l'avait lui-même repris de son père...

En fait, aussi loin qu'on puisse remonter de mémoire d'homme, dans ma famille, on a toujours animé des messes. Et voilà que ma mêre me fait part, par-delà la mémoire humaine, à travers la mémoire écrite, qu'elle a lu (tiens il faudra que je lui demande où) que notre aïeul Benjamin Le Blanc (né en Acadie en 1740) animait des "messes blanches". Les messes blanches étaient des célébrations dominicales, des batêmes ou des funérailles, où faute de prêtre un laïc célébrait. (voir l'excellent article à ce sujet sur le blog de la famille Dugas - note : le Charles Dugas dont il est question est le beau-père de Benjamin LeBlanc) Ce n'est donc plus la 5e génération de musiciens d'église, mais bien la 7e... enfin, au moins. Jusqu'à ce qu'on trouve une mention d'archive qui confirmera que le père de Benjamin LeBlanc, et son grand-père avant lui...

Qu'ils soient tous bénis, en ce temps de Noël, ceux qui ont passé le flambeau qui est arrivé jusqu'à moi et qui brûle encore!

Lire aussi : "Il touche l'orgue depuis 40 ans", un portrait de mon oncle Claude LeBlanc, organiste à Sainte-Adélaïde de Pabos

mardi 26 décembre 2006

Nedeleg Laouenn

J'aimerais offrir tous les lecteurs de mon carnet de bord deux mlodies bretonnes de Nol. Pour dballer votre cadeau (l'couter, le mettre sur votre iPod, le graver, l'envoyer vos amis, etc), faites un "clic droit" sur :
http://claudenadeau.free.fr/mp3/noel/bretons.mp3 (c'est ce que vous entendez actuellement avec la bote musique situe dans la colonne de droite)

ou pour couter avec Real Player:
http://claudenadeau.free.fr/mp3/noel/bretons.ra

Mais oui, je suis gnreuse de ma musique! Incroyable dans cette socit de consommation et de droits de sacem... Je vous demande juste, si vous transmettez ce fichier vos amis (ce quoi je vous encourage vivement!) de ne pas enlever mon nom, et si possible d'tablir un lien en retour vers mon site www.claudenadeau.net . Et si ces fichiers sonores vous donnent envie d'entendre le tout en musique vivante, en "live" comme on dit en anglo-saxon, eh bien sachez que c'est possible et que vous n'avez qu' me contacter pour que je vienne jusqu' vous partager la musique que je porte en moi comme on porte un enfant...

Le premier cantique est du pays de Gurande, Bel astre que j'adore, et le second du pays de Vannes, Pe trouz war an douar (l'une des plus belles parmi toutes les mlodies bretonnes, mon avis). Vous entendrez sur cet enregistrement-concert la hautboste amricaine Allison Smith, que j'accompagne l'orgue de ma petite chapelle Paris.

C'est ma faon de vous souhaiter Nedeleg Laouen, et surtout d'essayer que, croyants ou pas, personne ne laisse sombrer dans l'oubli ce fabuleux rpertoire breton.

Bonne coute et bon Nol tous!

PS pour les curieux : les paroles des cantiques

Pe trouz war an douar, pe gan a glevan-me ? Na kaer eo ar mouezhio a zeu eus lein an nev ? Aeled, lavarit deomp perak ho kanaouenn ? Er bed petra nevez zo erru a laouen ?

Kanit ivez ganeomp, kanit, pobl an douar Ni deu da lret deoc'h un neventi hep par : Ur Mabig benniget, Roue Jeruzalem, A zo ganet 'vidoc'h e kr a Vethleem

En un taol 'kreiz an noz eo ganet war ar maez En ur c'hozh kraou disto, 'kreiz an dristidigezh, C'hwi her c'havo eno, dister etre daou loen 'Vit tomma e vempro n'en deus 'met o alan

Eno e vo gwelet Mestr bras an holl er bed War un dornadig plouz en un nev astennet E zeu da veza paour 'vit hor pinvidikaat 'Vit distag ho kalon diouzh ar bed evit mat

Erru eo an termen eus ar profesio O noz mil gwech erus a dorr hol liammo ! Kanit gloar hag enor da Jezuz, da Vari, Deut eo Doue da zen, erru eo ar Mesi

traduction:

Quel bruit sur la terre, quel chant est-ce que j'entends ? Que les voix qui viennent des cieux sont belles ! Anges, dites-nous, pourquoi votre chanson ? Qu'est-il arriv de neuf dans le monde ?

"Chantez donc avec nous, chantez peuples de la terre Nous vous annonons une grande nouvelle: un petit enfant bni, Roi de Jrusalem est n pour vous dans la ville de Bethlem.

Il est n au milieu de la nuit dans la campagne Dans une vieille crche, au milieu de toute tristesse Vous le trouverez l-bas, entre deux btes il n'a que leur haleine pour rchauffer ses membres

L vous verrez le matre de l'univers sur un peu de paille dans une mangeoire allong il est venu pauvre nous apporter la plus grande richesse pour dlivrer nos coeurs pour de bon

Les prophties sont ralises O nuit mille fois heureuse qui vient briser nos chanes ! Chantez gloire et honneur Jsus, Marie : Dieu s'est fait homme, le Messie est arriv

Nol gurandais:

Bel astre que j'adore, Soleil qui luit pour moi, C'est toi seul que j'implore, Je veux n'aimer que toi. C'est ma plus chre envie, Seigneur, en ce beau jour, O je ne dois la vie Qu' ton immense amour.

Du fond de cette crche, J'entends, rempli de foi, Ta voix qui ne me prche Que cette douce loi. Divine et pure flamme, Descends du haut des cieux, Remplis, remplis mon me, Oh ! viens combler mes voeux !

Plaisir, honneurs, richesse, Longtemps, m'ont trop charm ; Je veux t'aimer sans cesse, Toi qui m'as tant aim. De mon long esclavage Je suis donc rachet ! toi seul tout hommage, Mon coeur, ma libert !

Seigneur, que la mmoire De tes divins bienfaits, Le zle de ta gloire En moi vive jamais ! Je veux toujours te suivre, Je n'ai plus qu'un dsir, Pour toi seul, je veux vivre, Pour toi, je veux mourir.

Et vous, choeurs angliques, Qui du Seigneur naissant Chantez dans vos cantiques L'heureux avnement, Venez pour moi, saints anges, Redire au doux Sauveur Vos hymnes de louange, Les chants de mon bonheur !